Dessins de mémoires* – un désir sous l’image-

Dessins de mémoires* – un désir sous l’image-

« On a trop souvent l’habitude de ramener par un jeu de pensée, de l’étrange au familier.
Moi je m’efforce de restituer le familier à l’étrange. »
René Magritte, interview avec Lucienne Plisner, Bruxelles, le 14 janvier 1960

Qu’est-ce que je ne vois pas, qu’est ce qui reste en dessous, qui frappe sans cesse par le détour en l’autre ?

Autres portraits autres corps autres paysages gravures anciennes prises au dépourvue de leurs histoires que je m’approprie l’air de rien-pour ne pas dire la mienne.
Comment évitez que l’émotion ne fasse « monter l’eau à la vue » ?

Le mot fait corps avec la ligne. J’aurais voulu écrire. Ne pas montrer- Ne pas voir.
Peut-on éviter le pire ? Circulez Y’a rien à voir. Faire semblant d’y croire s’abandonner au présent.
Je m’arrange avec un réel qui ne m’appartient pas «Tout ce passe alors entre l’œil et la main ».
Rapprochements-Superpositions-Accumulations
Ne pas penser – Dessiner – dans une intuition.
Associations d’idées- je cherche le mot juste.
Mécanique de l’instant.

Souvent saisie par le vide, je m’entoure d’images pour combler l’espace.
Des heures et des nuits sans que rien ne se passe.

Je me demande d’où viennent mes dessins et constate avec terreur que je n’y ai plus accès.
Plus d’accès au lieu à l’espace. Au départ.

J’ai des images.
Certaines m’observent. D’autres m’obsèdent.
Les images me servent de point d’ancrage.

Mes dessins sont autant d’empreintes mentales de territoires inconnus, parcourus, oubliés.
Souvenir écran. Refoulé au loin du présent.

L’intérieur d’un reflet.
Une profondeur traversée en transparence.

Le pire est déjà passé.

Nathalie Tacheau 2018

* Le titre de l’exposition fait référence au court essai A dessein, le dessin de Jacques Derrida
« Le dessinateur dessine toujours la mémoire, ou dessine toujours de mémoire dans l’opposition entre perception actuelle, présente et mémoire. »
Les citations entre guillemets sont toutes tirées de ce même texte.